La Syrie, le gaz sarin et le Cardinal

CARDINAL-COLOMBE-FLe Cardinal (Cardinalis editorialis) est une nouvelle espèce d’éditorialiste va-t-en-guerre d’Amérique du Nord. Tout comme le Faucon de la guerre, le Cardinal est nuisible pour l’environnement planétaire et les autres oiseaux, principalement la Colombe de la paix.

Le chant du Cardinal n’est pas inné mais acquis, ce qui a pour conséquence des chants qui varient selon son champ d’expertise. Dans son environnement, haut perché dans les arbres, enveloppé de verdure et stimulé par les parfums capiteux de la nature, son chant est doux et mélodieux. Toutefois, lorsqu’il migre vers la géopolitique, un espace sombre et nébuleux qui lui est peu familier, son gazouillis devient agressant, pour ne pas dire agressif. Dans certains cas, le Cardinal émet une série de cris dont la rigueur et la véracité diminuent en fonction de la menace qu’il perçoit.

Écologie : comportement social, alimentation et reproduction du Cardinal

Comportement social

Perdu dans le brouillard de la guerre, Cardinalis editorialis a un comportement plutôt asocial et belliqueux lui faisant perdre ses repères – les principes fondamentaux du journalisme – comme nous l’avons vu dans son article Derrière Trump, l’ombre d’Obama, pondu à l’aube le 8 avril dernier, à peine 4 jours après une attaque présumée au gaz sarin n’ayant fait l’objet d’aucune enquête.

Mais soyons honnêtes, si le président américain a dû réagir à l’attaque au gaz sarin du dictateur syrien, c’est que son prédécesseur avait choisi de ne pas agir en pareille situation.

Quand on sait les répercussions qu’a eues l’attentisme de Barack Obama, quand on sait l’impact géopolitique qu’a eu sa décision de ne pas intervenir lorsque les forces syriennes ont fait pleuvoir les agents chimiques sur la Ghouta en 2013, on peut se demander si les États-Unis pouvaient vraiment, cette fois, ne pas réagir.

« L’attaque au gaz sarin du dictateur syrien »? Les allégations de la veille sont devenues faits avérés ce jour-là, comme si le titre d’éditorialiste en chef de La Presse, obtenu par le Cardinal en 2016, lui avait conféré par le fait même la capacité divine de création de l’Histoire.

Mais de quoi donc se nourrit le Cardinal pour pondre de tels éditoriaux? Le jour de la ponte, même CNN et la BBC parlaient d’« attaques à l’arme chimique PRÉSUMÉES ». Rien d’avéré. Qui a accusé le gouvernement syrien d’être responsable?

Bref, des gens qui n’auraient absolument aucun intérêt à faire de fausses accusations et qui n’en ont jamais fait pour justifier des guerres, hein?

Alimentation

Contrairement à la Colombe, très sélective sur le plan alimentaire, le Cardinal, qui n’a visiblement rien appris des désastres engendrés par les mensonges ayant mené aux guerres d’Irak et de Libye, bouffe pas mal n’importe quoi, allant même jusqu’à se gaver d’excréments et de vomissures des Faucons de la guerre, un met dont raffolent les oiseaux de la même famille comme la Gruda.

 

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La Gruda

 

Ce nouvel épisode d’attaques à l’arme chimique ressemble à un mauvais remake de la Ghouta en 2013, où l’on avait immédiatement et faussement accusé Assad d’avoir perpétré les attaques. Cependant, dans le brouillard de guerre, le Cardinalis editorialis vole d’une certitude à l’autre, faisant fi des valeurs fondamentales du journalisme « telles que l’esprit critique qui [impose aux journalistes] de douter méthodiquement de tout [et] l’honnêteté qui leur impose de respecter scrupuleusement les faits ». (Guide de déontologie de la FPJQ)

Manifestement, le Cardinal ne doute de pas grand-chose en prenant pour des faits les allégations des grandes puissances responsables des bains de sang au Moyen-Orient, bains de sang basé sur une kyrielle de mensonges extrêmement bien documentée.

Par ailleurs, le doute s’impose d’autant plus aujourd’hui considérant que :

1- Selon CNN, ces puissances occidentales qui accusent Assad ont elles-mêmes montré aux « rebelles » en Syrie comment sécuriser des réserves d’armes chimiques :

Un haut responsable américain et plusieurs diplomates de haut rang ont déclaré à CNN dimanche que les États-Unis et certains alliés européens emploient des entrepreneurs de la défense pour former les rebelles syriens sur la façon de sécuriser les stocks d’armes chimiques en Syrie. (Elise Labott, Sources: U.S. helping underwrite Syrian rebel training on securing chemical weapons, CNN, 9 décembre 2012)

2- Selon Seymour Hersh, « le gouvernement Obama avait faussement accusé le gouvernement Assad d’avoir perpétré les attaques au gaz sarin » et une entente secrète avait été prise en 2012 entre « l’administration Obama, la Turquie, l’Arabie saoudite et le Qatar afin de mettre en œuvre une attaque au gaz sarin et d’accuser Assad pour que les États-Unis puissent envahir la Syrie et [le] renverser ».

3 – Une étude du Massachussets Institute of Technology, Possible Implications of Faulty US Technical Intelligence, a « remis en question les affirmations du gouvernement américain selon lesquelles Assad avait utilisé des armes chimiques sur la Ghouta » et que ces « renseignements erronés auraient pu mener à une action militaire injustifiée basée sur de faux renseignements ». Les auteurs, Postol et Lloyd ont par ailleurs déclaré qu’il était impossible que les renseignements américains « soient corrects » et que les « rebelles » avaient « définitivement la capacité de fabriquer de telles armes », voire même « plus que le gouvernement syrien ».

Malgré cela, le Cardinal, lui, nous « informe » que « les forces syriennes ont fait pleuvoir les agents chimiques sur la Ghouta en 2013 ».

À l’instar de la marmotte qui a raison 37 % du temps, les connaissances météorologiques de même que les capacités analytiques du Cardinal sont assez déficientes en raison de son alimentation riche en excréments et vomissures de Faucons. Alors qu’il prétend connaitre les faits d’un incident avant même qu’une enquête ait été menée, le Cardinal ne connaît même pas des faits déjà bien documentés. Pire encore, il ignore le droit international en approuvant des frappes militaires illégales et s’aventure dangereusement sur ce terrain pour construire son nid, camouflé au creux d’arbustes sauvages comme le houx américain (American Holly), aussi connu sous le nom de American Holy Military-Industrial Complex.

Reproduction et prédateurs

Son nid en forme d’obus est construit de brindilles de houx américain, d’aiguilles du cèdre blanc du Moyen-Orient (le White Helmet) et d’écorces du Royal Oak britannique. L’intérieur est tapissé de jeunes filles mortes, exhibées dans les médias pour éveiller chez l’humain la pulsion parentale et activer ce réflexe pavlovien le poussant à vouloir se porter à la rescousse des victimes, avalisant du coup des guerres convoitées par les Faucons.

La pondaison du Cardinal est sporadique et a lieu tout au long de l’année. Son manque de rigueur, sa négligence de l’information factuelle et son attitude désinvolte à l’égard du droit international donnent naissance à des articles très prisés chez les Faucons, rendant ainsi les deux espèces interdépendantes, se nourrissant l’une de l’autre.

Les ornithologues ne savent toujours pas si en applaudissant les frappes illégales du nouveau président américain, le Cardinal est conscient qu’il contribue à la destruction de son environnement. Certains croient que son ouïe est trop peu développée pour entendre les Colombes chanter la paix dans le brouillard de la guerre.

Le comportement du Cardinal est toujours à l’étude. En attendant une meilleure compréhension de sa migration vers la géopolitique, toute Colombe bien informée vous suggèrera de ne pas laisser cette espèce nuisible pour la paix mondiale nicher dans l’arbre de votre connaissance.