Qu’en est-il ?

Le gouvernement du Québec et le ministre des Finances Carlos Leitão n’en démordent pas, ils veulent imposer aux travailleuses et travailleurs québécois des modifications au Régime de rentes du Québec  (RRQ) inférieures à celles que le gouvernement canadien vient de consentir aux autres travailleurs au Canada en bonifiant le Régime de pension du Canada (RPC). Rappelons qu’en janvier dernier, des consultations se sont tenues à l’Assemblée nationale en commission parlementaire sur les modifications à apporter au RRQ. Plusieurs groupes sociaux dont les centrales syndicales, la Fédération des femmes du Québec, les jeunes, des associations de retraités ont rejeté de façon non équivoque les propositions du gouvernement québécois présentées par le ministre des Finances Carlos Leitão. Ils ont préféré réclamer les bonifications concédées par Ottawa au RPC même si ces dernières étaient loin de l’objectif réclamé au départ, qui consistait entre autres à doubler les pensions.

Pour leur part, les lobbys des employeurs et de la finance se montraient plus sympathiques aux propositions du gouvernement, mais préféraient le maintien du statu quo à toute bonification. Le 24 avril dernier, le ministre Leitão annonçait la tenue d’une nouvelle consultation sur le sujet, en ligne cette fois, sur le site Web de Retraite Québec du 24 avril au 24 mai 2017. Il prétendait que les résultats devaient permettre d’alimenter la réflexion sur les améliorations à apporter au Régime de rentes du Québec pour renforcer sa pérennité et l’équité intergénérationnelle.

Non mais entre nous, pour reprendre une expression populaire, c’est le monde à l’envers ! De quelle équité intergénérationnelle le ministre parle-t-il alors qu’il propose aux plus jeunes travailleurs québécois qui prendront leur retraite dans les années à venir, une rente qui sera inférieure d’environ 2000 $ par année par rapport aux autres retraités canadiens, sans compter aussi qu’ils devront travailler plus longtemps puisque le gouvernement songe à hausser l’âge du droit à la retraite ? Comment peut-il prétendre renforcer la pérennité du RRQ alors que sa proposition vise à limiter les hausses des cotisations des employeurs ?  Est-il besoin de rappeler que des bonifications au Régime de rentes du Québec (RRQ) et au Régime de pension du Canada (RPC) sont réclamées depuis de très nombreuses années en particulier par le mouvement syndical. Déjà, dans les années 80, on demandait au gouvernement de doubler les prestations du RPC/RRQ.

Pourquoi est-il plus qu’urgent aujourd’hui de bonifier le RRQ ? D’abord parce que les régimes de retraite à prestations déterminées ont été durement malmenés ces dernières années. Les différentes lois adoptées récemment, en particulier celles concernant l’élimination du financement des déficits de solvabilité qui accompagnent souvent une baisse de cotisations pour les employeurs, vont grandement et graduellement fragiliser ces régimes. De plus, comme les employeurs ont tendance à vouloir se soustraire de leurs obligations sociales envers la retraite, ces régimes risquent d’être abandonnés à la faveur de l’épargne individuelle en prévision de la retraite pour les générations futures. Autre facteur déterminant : il faut savoir aussi que la valeur de la prestation de la Pension de Sécurité de vieillesse  (PSV) se détériore graduellement d’année en année.  En 1966, la PSV équivalait à 18 % du salaire moyen comparativement à 12.5 % en 2016. On prétend même que dans une trentaine d’années cette valeur ne sera plus que de 8 % du salaire moyen ou du maximum des gains admissibles (MGA). Selon Retraite Québec, « cette détérioration progressive de la valeur des prestations de la SV découle du fait que ces prestations sont indexées selon l’inflation plutôt que selon l’évolution des salaires ». D’ailleurs, une étude de Statistique Canada de 2005 a démontré que les coûts des biens achetés par les Canadiens plus âgés augmentaient plus rapidement que l’inflation mesurée par l’indice des prix à la consommation. (La Presse canadienne, 2 avril 2017)

Le Régime de rentes du Québec (RRQ), tout comme le régime de pension du Canada (RPC), a été conçu à l’origine, en 1965, pour verser des prestations équivalentes à 25% du salaire industriel moyen (SIM) qu’on appelle aussi maximum des gains admissibles  (MGA). Ce MGA augmente généralement tous les ans à cause de la progression des salaires. Ainsi un travailleur âgé de 65 ans qui retirerait sa rente RRQ en 2017 recevrait au maximum 13,110$ annuellement. Si on appliquait la bonification du RPC à cette rente, elle augmenterait à 19,912$ par année.

Par contre, dans ses propositions, le ministre Leitão propose que la rente soit portée à 17,736 $ (Réf. Présentation à l’ARASQ, déc. 2016, Mme Ruth Rose, professeure associée, Département de sciences économiques UQAM et Michel Lizée, économiste retraité, Services aux collectivités, UQAM). On voit bien dans cet exemple qu’avec la réforme Leitão, le travailleur québécois serait désavantagé de plus de 2000 $ par année par rapport à son homologue des autres provinces. 

Au moment d’écrire ces lignes, on apprend que le gouvernement Couillard s’apprête à hausser les cotisations au Régime de rentes du Québec (RRQ). En point de presse, le 10 mai dernier, après avoir déclaré que «l’argent ne vient pas de la planète Mars», le ministre Carlos Leitão admettait, après plusieurs mois de tergiversations, qu’un «consensus se dessinait» en ce qui concerne l’harmonisation des pensions entre le RPC et le RRQ, mais que cette harmonisation n’était possible que dans le cadre d’une hausse des cotisations. Est-ce un ballon d’essai lancé dans la population ? L’avenir le dira. Il n’en demeure pas moins que, dans le contexte de bonification du Régime de rentes du Québec, c’est surtout le mouvement ouvrier organisé (en particulier toutes les centrales syndicales), qui est interpellé, car il s’agit d’une question de qualité de vie à la retraite future de ceux et celles qui sont au travail aujourd’hui.

 

Extraits de l’Expresse des retraités, l’Organisation des retraités de l’entretien du transport de Montréal

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