Conflit de travail à la TÉLUQ. Prélude de e-campus ?

La direction de la TELUQ cherche àse débarrasser de ses tuteurs et tutrices syndiqué·e·s en ayant recours à de la sous-traitance ou en créant un nouveau statut d’emploi chargé d’exécuter un travail analogue avec des conditions de travail et une qualité de l’enseignement dégradées. Le gouvernement Couillard souhaite-t-il ainsi développer un eCampus Québec ?

La TELUQ est une université à distance qui émane du réseau de l’Université du Québec, dans le but d’élargir l’accès aux études supérieures aux personnes ayant de la difficulté à se rendre en classe. En plus de 40 ans d’existence, la TELUQ a développé une expertise exceptionnelle dans le domaine de la formation à distance (FAD). Les professeur·e·s développent des cours, avec l’aide d’une importante équipe technique spécialisée dans la pédagogie à distance, puis les tuteurs et les tutrices assument un encadrement individualisé. Une grande partie de l’enseignement et l’essentiel du contact pédagogique passent par les quelque 200 tuteurs et tutrices d’expérience que compte l’institution.

Sous-traitance anti-syndicale et anti-pédagogique

Pourtant, dans une attitude cyniquement anti-syndicale, la direction de la TELUQ a décidé, en septembre 2016, de sous-traiter l’encadrement de plusieurs de ses programmes à l’Institut MATCI (Management and Technological Canadian Institute), laissant sans emploi 20 % des tuteurs et des tutrices. Cette sous-traitance d’un enseignement universitaire (subventionné par des fonds publics) à une entreprise privée à but lucratif (sans permis d’enseignement du ministère de l’Enseignement supérieur !) affecte plus du tiers des étudiant·e·s de la TELUQ, au nom de la « compétitivité ».

Dans une entente secrète de près de 5 M$, non divulguée au CA de l’institution avant sa signature, la direction de la TELUQ prétend boucler son budget en économisant sur le salaire et les conditions de travail du nouveau tutorat non syndiqué, sans contrôle sur la qualité de l’enseignement dispensé. Est-ce vraiment devenir plus « compétitif » ? Est-ce même légal eu égard aux règles de son propre CA et aux lois du travail ou sur les établissements d’enseignement de niveau universitaire ?

Au mépris du droit

Au printemps 2017, la TELUQ parachève son démantèlement du STTTU (Syndicat des tuteurs et tutrices de la Télé-université) en signant avec le SPPTU (Syndicat des professeures et des professeurs de la Télé-université) une convention collective créant une nouvelle catégorie d’emploi (« professeur·e·s sous contrat ») reprenant le travail des tuteurs-tutrices avec des conditions de travail et d’enseignement dégradées, au mépris de leur ancienneté.

En effet, ces « professeur·e·s sous contrat » n’ont de professeur que le nom. Ils et elles se dédient principalement (de 70 à 80 %) à l’encadrement (chose qui n’a jamais été exigée dans la description de tâches des professeur·e·s depuis la création de la TELUQ) ; les critères d’embauche n’exigent qu’une maîtrise, alors que ceux d’un·e professeur·e demandent un doctorat et des publications ; et ce sont des emplois précaires, comme ceux des tuteurs-tutrices.

Par contre, on exige de ces pseudo-professeur·e·s qu’ils et elles encadrent beaucoup plus d’étudiant·e·s (soit une heure d’encadrement par étudiant·e·s, plutôt que trois comme c’est le cas dans la convention du STTTU). Pourtant, les étudiant·e·s et le gouvernement paient la même chose et s’attendent à recevoir le même service et un diplôme de même valeur que si l’encadrement « personnalisé » se faisait selon les règles de l’art établies par plus de 40 ans d’expérience.

Prélude d’une privatisation ?

Déjà inquiétant en soi, le conflit de travail à la TELUQ devrait sonner un signal d’alarme pour toutes celles et ceux qui ont à cœur l’enseignement, car il montre concrètement ce que cherche à faire le gouvernement austéritaire. Dans son Plan d’action en économie numérique, le gouvernement Couillard – après avoir comprimé le budget de l’enseignement supérieur de près d’un milliard de dollars – cherche à inciter les « partenariats [entre] les établissements d’enseignement reconnus et des entreprises spécialisées ». De même, l’injection de 100 M$ sur cinq ans dans la création d’un eCampus Québec, au sein duquel la TELUQ prétend jouer un rôle de « leader », ne pointe-t-elle pas également vers la marchandisation, la privatisation et la précarisation généralisée de l’enseignement supérieur ?