Le copieur

Le copieur

Au-delà de la désapprobation générale que Jean-François Lisée a suscité lors de son étrange attaque contre Manon Massé au débat des chefs présenté la semaine dernière à l’antenne de TVA, la stratégie du Parti québécois fut révélatrice.

On cherchait évidemment à marginaliser Québec solidaire comme un parti pas comme les autres, louche et opaque dans son organisation; Un genre de « parti voyou » en quelques sortes.

Jean-François Lisée savait très bien ce qu’il faisait quand il s’est attaqué à Manon Massé en direct à la télévision pour tenter de la déstabiliser. Balayant les demandes répétées du pauvre animateur Pierre Bruneau, Lisée semblait en possession d’un scoop inédit, d’une information capitale, qui devait être révélée sans attendre tant le scandale semblait gros.

Il aurait peut-être dû prévoir que sa tactique aurait pu fonctionner sur n’importe qui sauf Manon Massé, la coureuse de fond réputée pour son calme et sa persévérance que l’on ne déstabilise pas avec des feux de paille. Au pétard mouillé du PQ, elle a répondu avec un grand éclat de rire. Tout était dit.

Ou presque.

Elle a aussi répliqué que son parti misait lui sur le partage du pouvoir comme ce doit être le cas en démocratie. Bang.

Au-delà de sa maladresse tacticienne, Lisée a pourtant dévoilé là une différence fondamentale dans la vision politique de leur partis respectifs.

Nous vivons dans l’une des démocratie occidentales où le pouvoir politique est le plus concentré au monde. Contrairement aux républiques, par exemple, il n’y a pas de présidence pour contrebalancer la Chambre des communes au Canada. Dès qu’un parti est majoritaire, l’exécutif au pouvoir peut littéralement faire ce qu’il veut pendant quatre ans sans que les partis d’opposition ne puissent s’y opposer. L’ancien président de l’Assemblée nationale Jean-Pierre Charbonneau disait d’ailleurs dans les pages du Devoir en 2016 qu’« un pouvoir excessif (est) accordé aux premiers ministres devenus des monarques élus gouvernants sans l’appui de la majorité du peuple et au détriment de ses représentants élus ». Sauf exception, ces monarques élus sont d’ailleurs toujours des hommes. Cet état de fait est certainement l’une des causes alimentant le cynisme envers le système politique dans son ensemble.

D’ailleurs, remplacer le système parlementaire actuel par un mode de scrutin proportionnel est une promesse d’à peu près tous les partis au Québec depuis René Lévesque, promesse qu’une fois au pouvoir, ils renient tous.

Pour Québec solidaire, la question du déficit démocratique propre à notre système politique est aujourd’hui fondamentale. La décision d’avoir deux portes-paroles est au coeur de cette démarche qui vise la recherche de nouveaux liens structurels entre le pouvoir politique et la population. Choix symbolique très fort, l’évacuation du statut de « chef » remplacé par des portes-paroles a été, au cours des dernières années, ridiculisée à mainte reprises par les autres partis politiques. Mais les militant(e)s de QS ont tenu le cap malgré cette mauvaise presse pour deux raisons : Il s’agit d’abord de reprendre symboliquement des mains d’un seul individu le pouvoir politique et forcer la notion de partage dans ce lieu ultime de pouvoir. Mais il s’agit aussi de s’attaquer à la sous-représentation systémique des femmes dans les lieux traditionnels de pouvoir en obligeant la présence des deux genres dans la prise de parole publique.

Cette recherche d’évolution structurelle brisant le monopole individuel et masculin amorcée par Québec solidaire est tellement nécessaire que le Parti québécois, inquiet pour sa propre survie, a senti le besoin d’imiter QS en allant chercher en catastrophe Véronique Hivon pour prétendre à une nouvelle collégialité homme-femme dans la gestion du pouvoir. Dans les faits par contre, le chef péquiste conserve à lui seul toutes les prérogatives du chef, réduisant cette « co-direction » à une manoeuvre cosmétique.

Mercredi passé, l’attaque agressive de Jean-François Lisée envers Manon Massé sur la question de « Qui est le chef? » était drôlement louche compte-tenu qu’elle était la seule femme du lot dans ce club masculin des débats des chefs, mais cette attaque, portant sur un aspect de la proposition politique de QS, que Lisée lui-même copie maladroitement en instrumentalisant Véronique Hivon, était révélatrice de l’importance de Québec solidaire dans le paysage politique québécois.

Sans croire que les partis politiques pourront à eux seuls réaliser le changement de cap nécessaire pour préserver à moyen terme un habitat minimal à notre survie sur terre, il y en a au moins un qui prêche par l’exemple dans la recherche de structures plus démocratiques. Pendant que caquistes et libéraux nous promettent d’accélérer la course vers notre propre disparition (…), Québec solidaire semble désormais incarner la seule alternative à la vieille politique stérile qui centralise toujours plus le pouvoir autour du « chef » dans le star-système de la politique-spectacle…

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