Au−delà de la parité, mettre fin à toutes les exclusions !

Le numéro 76 et son dossier Ouvrir l’école seront lancés le jeudi 25 octobre prochain, 18h, à l’UQAM (salle SH-3260, au 200, rue Sherbrooke Ouest. Tous les détails ici !

En 2018, l’importance d’une représentation adéquate des femmes en politique semble faire consensus. Les démarches des partis politiques pour présenter plus de candidates en témoignent : pour la campagne provinciale qui vient de s’achever, environ 47 % des candidats étaient des candidates – un sommet. Pour autant, la question de la parité hommes-femmes dans les lieux de pouvoir est loin d’être réglée. En effet, au-delà des chiffres, quelle place accorde-t-on réellement aux femmes en politique et dans l’espace public en général ? Et qu’en est-il de la place encore bien moindre des autres groupes marginalisés ?

Qu’un plus grand nombre de femmes s’implique en politique est un progrès. Encore faut-il qu’elles soient élues, qu’elles accèdent au conseil des ministres et qu’elles puissent y assumer les mêmes responsabilités que les hommes. À la suite de quelques pionnières, on doit continuer de nommer des femmes à la tête du ministère des Finances ou à la présidence du Conseil du Trésor et pas seulement au poste de ministre de la Culture ou de la Condition féminine. Une réelle parité implique de dépasser la division genrée des rôles et responsabilités. Alors que les émissions culturelles ou de variétés sont encore souvent confiées à des femmes, le rôle d’analyste politique ou de chroniqueur économique demeure majoritairement occupé par des hommes. À l’évidence, malgré leur présence en politique et dans les médias, les voix des femmes restent moins entendues lorsqu’il s’agit de se prononcer sur les grands enjeux de société.

On aurait donc tort de considérer la question de la place des femmes – mais aussi des Autochtones, des personnes racisées, LGBTQIA+, en situation de handicap, etc. – de manière étroitement statistique. Focaliser sur l’aspect quantitatif du problème en élude le fond, soit la valeur inégale qu’on accorde à la voix des différentes personnes qui composent notre société. L’inclusion implique d’écouter réellement, de prendre en compte leur situation matérielle (discrimination, pauvreté, non-accès au logement, à la justice, etc.) et d’abolir la reproduction symbolique et sociale de l’exclusion.

À cet effet, les récents événements entourant les pièces SLĀV et Kanata ont reproduit le même aveuglement. Comme au temps de la première vague féministe, la politisation de la question de la représentativité a été niée et balayée sous le tapis. Si de nombreuses personnes ont pris position dans ce débat, plusieurs d’entre elles se sont contentées de limiter l’enjeu à la seule liberté artistique de Robert Lepage et de critiquer la prise de parole des personnes noires et autochtones, clamant même parfois que le racisme systémique (comme auparavant le sexisme) n’existe pas.

Si l’espace public demeure largement occupé par des hommes, l’influence du féminisme fait en sorte qu’il est désormais de bon ton de chercher à y inclure des femmes. Cette conquête partiellement achevée, force est d’admettre que le cercle du pouvoir (politique, économique et culturel) est trop homogène et majoritairement composé, hommes et femmes confondus, de personnes blanches issues de milieux aisés. Ce sont eux·elles qui façonnent le débat public et multiplient les angles morts. À ce titre, Julia Posca, dans Le manifeste des parvenus (Lux, 2018) montre bien comment ces dirigeant·e·s nous imposent notamment leur imaginaire de l’entrepreneuriat alors que la condition réelle de la grande majorité de la population québécoise, c’est le salariat.

Si on aspire à une société véritablement démocratique, on doit se méfier de l’idée d’inclusion qui ne remet pas radicalement en question les rapports de pouvoir qui ont cours dans la société. Comme le rappelle Françoise Collin dans un texte intitulé « La démocratie est-elle démocratique ? », l’inclusion seule ne suffit pas : « Il ne s’agit pas en effet que la société dominante, à dominante masculine, “ accorde ” généreusement aux femmes quelques accommodements ou quelques bribes de pouvoir, les “intègre” ou les associe à un projet social inchangé, mais qu’elles deviennent les cosujets de la chose commune. » Ce qui est vrai pour la cause des femmes doit aussi l’être pour les voix minoritaires.