Indignation contre le Journal de Montréal

Le groupe militant Projet Tremble a organisé une manifestation pour dénoncer la publication d’une chronique de Richard Martineau jugée hautement discriminatoire.

Des membres et des allié‧es de la communauté LGBTQ+ sont indigné‧es par le caractère haineux d’une chronique diffusée par le Journal de Montréal. Le texte « L’amour du marginal », rédigé par le controversé polémiste Richard Martineau, a été publié le 19 août, soit le lendemain de la Fierté. Il s’agit d’un «  coup de poing au visage des communautés », soutient Julie Michaud du Centre de lutte contre l’oppression des genres.

Jugé problématique par plusieurs membres et alliés de la communauté LGBTQ+, le texte du chroniqueur suggère que les différences, loin d’être des obstacles, sont en réalité des privilèges, et que l’accumulation de ceux-ci permet d’augmenter les chances de réussir en société : « Et si le sort vous fait homosexuel, immigrant, handicapé et obèse, alors là, c’est le jack-pot! », peut-on lire dans le texte.

Julie Michaud s’explique mal comment l’auteur a pu en arriver là : « Il [Richard Martineau] ne fait plus aucun effort pour se questionner à savoir si ce qu’il dit est vrai. Il s’est construit une idée qu’être une personne qui a des identités marginalisées en raison de systèmes d’oppressions est une sorte de privilège, qu’elle est chanceuse d’être dans cette situation-là ».

Depuis sa publication, le texte de Martineau a été fortement discuté à l’intérieur et à l’extérieur de la communauté LGBTQ+. Si certaines personnes n’y voient qu’une mauvaise blague, certaines autres ne demandent rien de moins que la démission du chroniqueur, comme en témoigne l’existence de plusieurs pétitions exigeant son départ du Journal de Montréal.

Consterné par la diffusion de la chronique, le groupe militant Projet Tremble a protesté devant les bureaux du Journal de Montréal pour dénoncer la diffusion de ce texte jugé hautement discriminatoire : « Ce genre d’article est dangereux, ça nourrit la haine et ça transmet l’idée qu’on cherche à se marginaliser par nous-même », souligne Em, co-responsable de Projet Tremble. « Ce qu’on demande, c’est qu’on nous respecte et qu’on nous laisse vivre en paix. Jusqu’à quand le Journal de Montréal va accepter de laisser passer des propos comme ça? » s’interroge Em.

Loin d’être surprise par le texte de Martineau, Julie Michaud se questionne aussi sur la responsabilité du Journal de Montréal dans cette affaire : « C’est une chronique d’une haine épouvantable, c’est incroyable qu’un journal publie un texte qui incite à la haine contre des personnes marginalisés d’une façon si flagrante. Ce genre de propos a un effet réel sur l’opinion publique, et ça a ensuite un effet réel sur ceux et celles qui sont visé‧es par ces chroniques haineuses ».

Le chroniqueur Richard Martineau est connu pour ses textes et propos problématiques. Il a notamment été blâmé par le Conseil de presse du Québec en 2018 pour « manque de rigueur de raisonnement », en 2017 pour cause « d’informations inexactes », et en 2016 pour des propos « entretenant les préjugés envers les femmes et les musulmans ».

Une colère légitime

Doctorante en communication publique à l’Université Laval, Valérie Yanick comprend tout à fait le malaise et la colère de certains membres et allié‧es de la communauté LGBTQ+ : « Le problème avec le propos de Martineau est qu’il contribue à banaliser les violences et les discriminations que vivent les personnes marginalisées, en plus de contribuer à nier le travail continu que font ces personnes pour faire valoir leurs droits et leur voix sur la place publique », soutient-elle.

Au-delà de l’aspect provocateur de la chronique, Valérie Yanick y voit aussi une grande incompréhension de la réalité que vivent les personnes marginalisées et des mécanismes mis en place pour contrebalancer l’oppression systémique à laquelle elles font face : « M. Martineau laisse entendre une certaine passivité de la part des personnes marginalisées : elles profitent du système et elles profitent de la pitié des Québécoises et des Québécois. Or, s’il y a eu des avancées pour les minorités c’est parce que ces gens-là y ont travaillé activement, qu’ils font preuve de résilience au quotidien, qu’ils militent, bref, qu’ils sont tout sauf passifs. Les «  avantages  » évoqués par M. Martineau sont plutôt des mesures mises en place pour contrecarrer les effets de barrières structurelles auxquelles font face ces individus – on « balance », en quelque sorte, plus que l’on donne de réels avantages».

Force est de constater que la parution de la chronique de Martineau marque un dur retour à la réalité pour les membres de la communauté LGBTQ+ et ses allié‧es.

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